dimanche 4 mai 2014

Tamarrod : de Rebelle à trépas !


M. Abdel Aziz, M. Badr et H. Shahine
Souvenez-vous : Tamarrod*, se voulait Rebelle ! Créé sur Facebook par trois jeunes "révolutionnaires" issus des rangs de Kefaya, Mahmoud Badr, Mohamed Abdel Aziz et Hassan Shahin, ce groupuscule avait lancé une campagne de désobéissance, le 1er mai 2013, appelant à la destitution du président Mohamed Morsi. Surfant sur le climat délétère qui règne dans le pays en proie à une grave crise économique, leur appel avait miraculeusement réuni 22 millions de signataires à la veille de la manifestation du 30 juin. Ce jour-là, des millions de personnes -"progressistes" mais aussi nostalgiques de l'ère Moubarak- avaient défilé dans tout le pays, contre l'ennemi commun du moment...sous l'œil bienveillant du Conseil Suprême des Forces Armées ! 

A l'époque, le succès de Tamarrod avait été étonnamment fulgurant ! Bien sûr, se sentant le vent en poupe, les principales forces d'opposition avaient rejoint la campagne : les membres du parti Al-Dostour, mené par Mohamed Al-Baradei (l'ex-patron de l'AIEA); la coalition qu'il dirige, le Front de Salut National, dont l'autre figure de proue est l'ex-nassérien Hamdine Sabahi...mais aussi Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre de Moubarak, dont les réseaux avaient discrètement  mobilisé les partisans  contre-révolutionnaires.


Naguib Sawires
Mais pas seulement ! Naguib Sawires, le milliardaire copte magnat des télécoms égyptiens (il est le PDG d'Orascom, qui détient entre autres les 2 tiers du marché de la téléphonie mobile en Algérie) - et principal actionnaire de la chaine de télévision et du quotidien Al Masri Al Youm - avait tout simplement offert gracieusement la publicité à Tamarrod. Opposant farouche aux islamistes, il avait aussi mis à leur disposition les locaux de son Parti des Égyptiens Libres à travers tout le pays. Isham Al-Bastawissi, un juge réformiste qui s'était porté candidat aux élections présidentielles de 2012, avait prêté le trois-pièces du centre-ville du Caire qui faisait office de QG au mouvement. Et Mahmoud Hamza, patron d'un florissant groupe de BTP, avait financé l'achat du papier et l'impression des milliers de pétitions. Sans oublier les chaînes les plus regardées du paysage audiovisuel égyptien, telles CBC, Al-Hayat et Dream TV, qui avaient leurs studios grands ouverts aux trois apprentis sorciers ! Que dire aussi de cette campagne menée tambour battant, sur fond de coupures d'électricité et de pénurie d'essence propices à faire monter l'exacerbation des Égyptiens !


Show de l'armée de l'air le soir du 30 juin

Bref, l'artillerie lourde avait été déployée pour venir à bout du malheureux président Morsi. Avec cependant une cerise -de dernière heure ?-sur le gâteau : l'appui du Conseil Suprême des Forces Armées ! Durant la semaine précédant le jour J, les militaires avaient, en effet, pris discrètement contact avec les rois de l'agit-prop, pour "garantir le bon déroulement des manifestations". Le 30 juin, à 17 h, un communiqué de l'armée estimait le nombre des manifestants à 14 millions, soit un peu plus que le score du président Morsi lors de son élection. Et finalement, le 3 juillet, les trois vedettes de Tamarrod se retrouvaient dans le bureau du ministre de la Défense, le général Abdel-Fattah Al-Sissi en personne, peu de temps avant la fin de l'ultimatum lancé par l'armée à Morsi. Quelques heures après, le général Al-Sissi annonçait, sur la chaîne nationale,  la destitution du président !

Depuis, Mahmoud Badr, l'un des fondateurs de Tamarrod -qui ne cache pas son ambition de devenir un jour président- a pris des galons ! De "rebelle", il a été promu directeur de campagne -chargé évidemment de la jeunesse- d'Abdel-Fattah Al-Sissi, le maréchal-candidat à la présidence... et donné déjà vainqueur ! Quant aux deux autres fondateurs de Tamarrod, Hassan Shaheen et Mohamed Abdel Aziz, ils ont rejoint les supporters de Hamdine Sabahi, l'outsider d'Al-Sissi, dont les mauvaises langues disent qu'il sert de "caution démocratique" à l'élection présidentielle programmée pour le 26 mai prochain. Bref, Tamarrod est bel et bien passé de "rebelle" à trépas !


Yox


* Tamarrod signifie rebelle en arabe


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