A l'ombre du Sphinx



10 mai 2014
Hamdine Sabahi : l'éradication à visage humain

Députés du Parti Ennour
Décidément, la scène politique égyptienne nous réserve bien des surprises ! D'abord avec les Salafis du Parti Ennour qui viennent de déclarer leur soutien, lors de leur congrès du 3 mai dernier, à la candidature du maréchal Al-Sissi pour l'élection présidentielle du 26 mai prochain. Faut-il s'en étonner ? Pas vraiment ! A la droite des Frères Musulmans dans l'échiquier politique égyptien, ils n'ont eu de cesse, depuis leur création en mars 2011, de les concurrencer lors de tous les scrutins, présentant même un candidat aux présidentielles de 2012, Hazem Abou Ismaïl -éconduit cependant par la commission électorale pour cause de liens familiaux avec les USA. Pourquoi cette soudaine allégeance ? L'article anti-partis religieux de la dernière constitution, votée en janvier dernier, n'y est certainement pas étranger, quitte à égratigner la sacro-sainte solidarité avec leurs frères en religion désormais persécutés !(cf Chacaleries : « Que la lumière soit ! »).
Le "candidat de la révolution"
Autre revirement, celui de Hamdine Sabahi, le principal concurrent du candidat-maréchal Al-Sissi. Durant la campagne de Tamarrod, il avait déclaré, sur la chaîne de TV Kahira wa ennas, refuser de demander la démission du président : « Morsi a été élu et est donc légitime », expliquait-il à l'époque, ajoutant qu'il fallait « respecter les Frères musulmans et leur militantisme historique ». Depuis, il a mis de l'eau dans son vin ! Actuellement en pleine campagne électorale pour la présidentielle, celui qui se présente comme le « candidat de la révolution», vient tout simplement de tourner casaque ! Invité, le 6 mai dernier, dans l'émission politique de la chaîne de télévision Al-Nahar, Hamdine Sabahi a clairement annoncé la couleur. S'il est élu président, l'interdiction de la Confrérie des Frères musulmans et de son bras politique, le Parti de la Liberté et de la Justice, sera maintenue. « C'est une organisation affiliée à des entités étrangères » et cette mesure « est en accord avec la constitution de 2014 qui interdit les partis fondés sur la religion ! », justifia-t-il pour se dédouaner. 
Les concernés, majoritairement en prison ou en cavale -et leurs millions de partisans- ont certainement apprécié la délicate attention ! Et d'ajouter, hypocritement : « Néanmoins, les mouvements islamiques ne seront pas poursuivis ou traqués tant qu'ils sont pacifiques ». Autrement dit : « Tenez-vous tranquilles, loin de la politique, et il ne vous arrivera rien ! » Un message sans doute destiné au parti Ennour, dont la machine à mobiliser les foules contre « l'athéisation » de la société égyptienne est redoutable ! Quant aux laïcistes de tous poils, on les imagine aisément souffler de soulagement devant cet enterrement solennel de leurs principaux adversaires politiques ! Ils ont désormais un candidat éradicateur pour trier le bon grain de l'ivraie !

Hamdine Sabahi en président
Par contre, concernant l'armée, Hamdine Sabahi a eu la main large. « Elle n'aura pas de rôle politique sous ma présidence. Elle devra protéger le pays, mais ne dirigera pas », déclara-t-il, précisant aussitôt que ses ressources en armement seront diversifiées et augmentées ! Le Conseil Suprême des Forces Armées peut donc se réjouir ! Son message a bien été enregistré par le « révolutionnaire » : le coup d'Etat contre Morsi a clairement marqué la limite à ne pas franchir... et donc, aucun risque avec lui d'une nouvelle intrusion des civils dans ses affaires hautement lucratives !

Finalement, Hamdine Sabahi a conclu son interminable florilège de promesses électorales -quatre heures non-stop !- en affirmant que son salaire, en tant que président sera réduit. Facile, quand on sait que le montant de celui-ci est un véritable secret de Sphinx en Egypte ! Sans oublier, bien sûr, la formule langue-de-bois destinée à rassurer la jeunesse et les classes populaires -« je veux garantir les objectifs de la révolution, la justice sociale, la liberté et la démocratie ». Et de conclure : « L'ancien régime est encore au pouvoir, c'est pourquoi je suis candidat ». Bref, autant dire que, dans l'hypothèse où Sabahi serait miraculeusement élu, son programme ne fera pas long feu, excepté le volet éradicateur -déjà appliqué par les militaires- concernant les Frères musulmans. Mais avec lui, l'éradication serait « révolutionnaire » !
YOX




5 mai 2014
Que la lumière soit !

Photo Reuters
Les salafis du parti Ennour (la Lumière) ont voté, lors de leur assemblée générale réunie le 3 mai dernier, le soutien à la candidature du maréchal Al-Sissi pour les prochaines élections présidentielles. Faut-il s'en étonner ? Pas vraiment ! Une semaine avant les manifestations du 30 juin 2013, ils s'étaient en effet prononcés pour la démission du président Morsi, "si la pression de la rue serait énorme"... sans toutefois appeler à manifester ! Le 30 juin ils lâchaient Morsi, lui demandant de démissionner et d'organiser des présidentielles anticipées. 
Finalement, au lendemain du coup d'Etat du 3 juillet 2013, ils se joignaient aux  "partis d'opposition", pour le tour de table organisé par le Conseil Suprême des Forces Armées sur la composition du gouvernement par intérim. Pour, finalement, claquer la porte, outrés par les "probables" nominations de Mohamed Al-Baradei -considéré par eux comme figure de proue du camp laïc- et de Ziad Baha Eddine, un social-démocrate membre, comme le premier, du Front de Salut National. C'était faire la part trop belle à leurs adversaires ! A l'époque, Ennour avait dénoncé le massacre des partisans des Frères musulmans devant le siège de la garde républicaine, au Caire, pour justifier leur retrait...tout en demandant, dans le même temps, aux manifestants de rentrer chez eux pour protéger la paix sociale ! 
Vu sur la page Facebook du Parti Ennour

Mais à ce jeu d'équilibriste, le parti Ennour s'est mis à dos les nombreux autres mouvements du camp islamiste, notemment les Gami'a ilslamiya et le Parti révolutionnaire de Hazem Abou Ismaïl. Eux, soutiennent le président Morsi, pas forcément par adhésion, mais parce qu'il était un solide rempart à leur éventuelle répression. Sans oublier une grande partie de sa base qui, dépitée par les calculs politiciens de ses dirigeants, les accuse désormais de pêcher par manque de solidarité islamique.  Précisons, toutefois, que l'article constitutionnel anti-partis religieux est une sérieuse épée de Damocles. Alors, pas fous les barbus d'Ennour : malgré une succession de défections, ils ont maintenu le cap ! La répression sanglante qui s'est abattue contre leurs "frères en religion" a eu, certainement, l'effet fulgurant de leur indiquer la voie de la lumière !
YOX

3 mai 2014

Tamarrod : de Rebelle à trépas !


M. Abdel Aziz, M. Badr et H. Shahine
Souvenez-vous : Tamarrod*, se voulait Rebelle ! Créé sur Facebook par trois jeunes "révolutionnaires" issus des rangs de Kefaya, Mahmoud Badr, Mohamed Abdel Aziz et Hassan Shahine, ce groupuscule avait lancé une campagne de désobéissance, le 1er mai 2013, appelant à la destitution du président Mohamed Morsi. Surfant sur le climat délétère qui règne dans le pays en proie à une grave crise économique, leur appel avait miraculeusement réuni 22 millions de signataires à la veille de la manifestation du 30 juin. Ce jour-là, des millions de personnes -"progressistes" mais aussi nostalgiques de l'ère Moubarak- avaient défilé dans tout le pays, contre l'ennemi commun du moment...sous l'œil bienveillant du Conseil Suprême des Forces Armées ! 

A l'époque, le succès de Tamarrod avait été étonnamment fulgurant ! Bien sûr, se sentant le vent en poupe, les principales forces d'opposition avaient rejoint la campagne : les membres du parti Al-Dostour, mené par Mohamed Al-Baradei (l'ex-patron de l'AIEA); la coalition qu'il dirige, le Front de Salut National, dont l'autre figure de proue est l'ex-nassérien Hamdine Sabahi...mais aussi Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre de Moubarak, dont les réseaux avaient discrètement  mobilisé les partisans  contre-révolutionnaires.

Naguib Sawires
Mais pas seulement ! Naguib Sawires, le milliardaire copte magnat des télécoms égyptiens (il est le PDG d'Orascom, qui détient entre autres les 2 tiers du marché de la téléphonie mobile en Algérie) - et principal actionnaire de la chaine de télévision et du quotidien Al Masri Al Youm - avait tout simplement offert gracieusement la publicité à Tamarrod. Opposant farouche aux islamistes, il avait aussi mis à leur disposition les locaux de son Parti des Égyptiens Libres à travers tout le pays. Isham Al-Bastawissi, un juge réformiste qui s'était porté candidat aux élections présidentielles de 2012, avait prêté le trois pièces du centre-ville du Caire qui faisait office de QG au mouvement. Et Mahmoud Hamza, patron d'un florissant groupe de BTP, avait financé l'achat du papier et l'impression des milliers de pétitions. Sans oublier les chaînes les plus regardées du paysage audiovisuel égyptien , tel CBC, Al-Hayat et Dream TV, qui avaient grand ouverts leurs studios aux trois apprentis sorciers ! Que dire aussi de cette campagne menée tambours battants, sur fond de coupures d'électricité et de pénurie d'essence propices à faire monter l'exacerbation des égyptiens !
Show de l'armée de l'air
Bref, l'artillerie lourde avait été déployée pour venir à bout du malheureux président Morsi. Avec cependant une cerise -de dernière heure ?- sur le gateau : l'appui du Conseil Suprême des Forces Armées ! Durant la semaine précédant le jour J, les militaires avaient, en effet, pris discrètement contact avec les rois de l'agit-prop, pour "garantir le bon déroulement des manifestations". Le 30 juin, à 17 h, un communiqué de l'armée estimait le nombre des manifestants à 14 millions, soit un peu plus que le score du président Morsi lors de son élection. Et finalement, le 3 juillet, les trois vedettes de Tamarrod se retrouvaient dans le bureau du ministre de la Défense, le général Abdel-Fattah Al-Sissi en personne, peu de temps avant la fin de l'ultimatum lancé par l'armée à Morsi. Quelques heures après, le général Al-Sissi annonçait, sur la chaine nationale,  la destitution du président !
Depuis, Mahmoud Badr, l'un des fondateurs de Tamarrod -qui ne cache pas son ambition de devenir un jour président- a pris des galons ! De "rebelle", il a été promu directeur de campagne -chargé évidemment de la jeunesse- d'Abdel-Fattah Al-Sissi, le maréchal-candidat à la présidence... et donné déjà vainqueur. Quant aux deux autres fondateurs de Tamarrod, Hassan Shaheen et Mohamed Abdel Aziz, ils ont rejoint les supporters de Hamdine Sabahi, l'outsider d'Al-Sissi, dont les mauvaises langues disent qu'il sert de "caution démocratique" à l'élection présidentielle programmée pour le 26 mai prochain. Bref, Tamarrod est bel et bien passé de "rebelle" à trépas !
YOX
*Tamarrod signifie Rebelle en arabe











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